Dieter Bambauer

Dans un PPP, les acteurs bénéficient du savoir et de l'expérience des partenaires - une condition importante pour des projets réussis.

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Des privés pour financer le tunnel du Gothard?

11.03.2016

Des élus veulent impliquer des investisseurs privés dans le financement des infrastructures routières. Le Conseil fédéral y est plutôt réticent.

par Pascal Schmuck, www.lematin.ch

L'administration fédérale étudie «la possibilité de nouer dans certains cas des partenariats de longue durée avec des partenaires privés». Telle est l'interpellation déposée par la conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter (BS/PDC) qui aimerait ainsi savoir si ce genre de collaboration serait plus rentable pour les collectivités.

Une ouverture qui pourrait concerner le Gothard et la réalisation de son second tube routier devisé à 2,8 milliards de francs, explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 11 mars.

PPP et péages dans les Alpes

Le Partenariat Public-Privé (PPP) est encore peu utilisé en Suisse dans les infrastructures routières. Ce modèle fait cependant l'objet d'un lobbying d'un groupe parlementaire inter-partis qui compte avancer ses arguments après le «oui» délivré par le peuple suisse au Gothard le 28 février 2016.

L'idée du conseiller national Vert Jürg Grossen qui a déposé cette semaine une motion pour rendre payant les passages alpins sur le réseau routier national s'inscrit dans cette logique.

Ce partenariat pourrait retenir l'attention les caisses de pension à la recherche de rendement sur le long terme. Hanspeter Konrad, directeur de l'Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP), ne cache pas son intérêt. «Dans l'environnement actuel de faible taux, nous étudions de près les investissements dans les infrastructures», a-t-il reconnu.

Des couacs à l'étranger

Mais ce modèle n'est pas exempt de risques et fait souvent les grandes lignes à l'étranger. Les investisseurs privés chargés d'assainir le métro londonien avaient déposé le bilan en 2007 en raison d'une mauvaise gestion et de projets mal menés. Les autorités britanniques avaient privilégié les PPP pour rénover leurs infrastructures et ne pas en assurer seules les coûts.

En Allemagne, le co-financement des autoroutes n'a pas fonctionné, comme en a conclu en 2014 la Cour fédérale des comptes. Les budgets ont dépassé de 1,9 milliard d'euros ce qui aurait été obtenu de manière plus conventionnelle. Les entreprises avaient en effet dû obtenir des crédits à des taux d'intérêts plus élevés que l'Etat.

La Confédération dubitative

Le Conseil fédéral ne cache pas son scepticisme entre les PPP dans les infrastructures routières. Il rappelle qu'en cas de faillites, c'est bel et bien aux pouvoirs publics de finir les travaux. Quant à l'Office fédéral des routes (Ofrou), sa position est claire: ce partenariat est inutile puisque le mécanisme de financement est assuré en Suisse.

En outre, la construction du Gothard doit répondre aux normes de l'OMC qui privilégie la concurrence durant tout le processus, rappelle l'Ofrou. Si c'est un consortium privé qui en décroche la responsabilité, il n'y aura de la concurrence qu'une seule fois, et au début uniquement, ajoute l'Office fédéral des routes.

Source: www.lematin.chAuteur: Pascal SchmuckDate: le 11 mars 2016

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